Voyages Mexique : une nuit dans la jungle au milieu des jaguars et des araignées

Como estas ? Todo bien ? Je sais, je fais appel à ta mémoire d’étudiant de langues étrangères – c’était il y dix ans, mon vieux. Bon, je fais confiance à ton vocabulaire espagnol, mais sur un blog s’appelant Caballeros, je vais me permettre quelques facéties dans la langue de Cervantes.

Tu as fait fort en allant dormir dans un poste de secouriste à Amsterdam. Mais en bonne compagnie, plutôt au chaud, tu as du passer une douce noche dans les bras de Morphée (c’est qui lui?). Tout le contraire de la mienne, dans ma petite cahute perdue dans la jungle, au beau milieu de l’Amérique du Sud. Eh oui, tu me prends souvent pour un peureux, mais ce soir-là, j’ai sans doute pris les risques les plus inconsidérés de ma jeune vie de voyageur. Loco, le Brayoune ? Peut-être un peu. Il faut dire que le jeu en valait la chandelle.

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Des plages de fou malade, caballero.
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Et un monde maya tellement mythique…

 

Le grand calme… avant la tempête

Me voilà donc au Mexique. Non pas à Mexico, pas moins sur les belles plages de Cancun ou en train de surfer à Acapulco. Je suis dans la péninsule du Yucatan, la seule, l’unique. Dans la casa de la boca de serpiente. Normal, au pays du serpent à plumes. Ça fait deux fois serpent, garde-le à l’esprit.

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La plage de Champoton et son coucher de soleil rosé. Divin (et pas dis, vin)

Le Yucatan, donc. Ici, le calme est grand. C’est le berceau de la civilisation maya. Tulum, Chichen Itza, des noms et des sites qui font rêver. Perso, j’opte pour la province de Mérida. Le temple d’Edzna, moins connu mais tout aussi magique. La plage de Champoton et son coucher de soleil rosé, qui donne un parfum de paradis. La ville de Campeche, son marché typique, son fort dominant la ville. Et les cenotes, ces trous d’eau sortis de nulle part au milieu de la forêt. Chulisimo. De puta madre. 

D’ailleurs, un petit aparté sur Campeche, ville fortifiée au bord de l’océan. La démonstration parfaite de ce que le Mexique a fait de meilleur, depuis les histoires de Shanna et Julien dans « Les Marseillais à Cancun ». Ici, peu de touristes, et une vie simple. Trente degrés toute l’année, des petits restaurants peu chers où tu peux déguster du poisson fraîchement pêché de l’océan. Tu peux même essayer le Pan de cazón, une sorte de lasagne de… requin, excellente. Bah oui, il faut bien se venger de ces sales bestioles qui te font peur quand tu te baignes. C’est une autre histoire dont je te parlerais prochainement.

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Les cenotes, ces trous d’eau magnifiques où tu peux te baigner…
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Le temple d’Edzna… et un mec devant, un peu chelou.

Et puis, arrive l’instant fatidique. Le grande momento de mon voyage. La visite de la réserve de Calakmul, l’une des plus anciennes – et des plus impressionnantes cités mayas, découverte dans les années 1930. Son surnom? Le royaume du serpent, rien que ça. Pas le lieu le plus connu ni le plus touristique, mais sans aucun doute, un endroit qui vaut le détour. Et qui se mérite. Quatre heures de routes tournoyantes, cinquante minutes d’une piste interminable pour arriver sur les lieux. Ici, on est déjà bien loin des plages et du soleil : le long trajet nous emmène à soixante kilomètres de la frontière avec le Belize et le Guatemala, perdus dans la jungle. Mais à la découverte d’un ensemble de temples pour le moins exceptionnel. Tout ce dont je rêve est au rendez-vous : le soleil, la torpeur de la jungle, les animaux aux mille couleurs. La réserve est protégée, et abrite le plus grand nombre de jaguars au monde (les animaux, pas les voitures, coño). Le temple principal – 45m de haut – se dévoile au fil de notre avancée, bien caché au milieu des feuillages. Dans les arbres, nous sommes accueillis par des monos arañas, des singes araignées. Ça fait deux fois araignées, garde-le aussi à l’esprit.

 

Salutations, spider woman !

La visite se déroule comme dans un rêve… Tant que l’on respecte les consignes. Oui parce que bon, c’est quand même la jungle. Ici, les règles sont strictes. On ne sort pas des sentiers battus – au sens propre du terme. Les animaux y sont rois. Et si le roi des animaux est en Afrique, en Amérique du Sud, pas besoin d’être un lion pour dévorer son adversaire : une morsure de serpent, d’une araignée, même d’une fourmi, ça peux te tuer, tout simplement.

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Le toucan, ce boucan qui fait moins de bruit qu’un pélican, mais tout aussi charmant.

Ça tombe bien, on en a pris plein les yeux, on a rempli la carte mémoire de l’appareil photo, il est donc temps de rentrer. Le ciel bleu a laissé place aux nuages menaçants. Mais ce soir, pas de retour au sec, à l’hôtel. On va dormir… sur place ?!? Dans la jungle ? Au milieu des jaguars et des araignées ? Nunca. Jamas. Hors de question. On me fait comprendre que je n’ai pas le choix. Que les petites cahutes protégées par des fines moustiquaires sont « grand luxe ». Bah voyons. Un lit, une douche, quatre murs épais comme une tortilla pour nous protéger des prédateurs. Il faudra s’en accommoder.

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Une moustiquaire et pas de fenêtres. T’y dors, toi, là-dedans?

Todo es normal, con la lluvia  se estan escondiendo. »

La nuit est tombée. Le ciel a mis sa menace a exécution, et déverse son torrent de pluie. Au bruit des gouttes sur les feuillages se mêlent ceux des insectes qui viennent se cacher. Toujours pas rassuré, je rejoins mes appartements nocturnes. J’ai pas fait l’armée, mais l’inspection de ma chambre, même le général de Gaulle ne l’aurait pas faite, pour vérifier chaque recoin. Tout va bien. Pas chez ma voisine anglaise, qui pousse un hurlement nourri. En preux chevalier, je m’avance, jambes tremblantes, vers sa chambre. « Big spider » mime t-elle avec les mains. C’est pas de l’espagnol, mais j’ai vite compris. J’ai tiré le rideau de la douche, et j’ai fait coucou à spider woman, 20 cm de diamètre, huit pattes longues comme… mon index, visiblement pas rasée depuis un long moment. « Todo es normal, nous répond le gérant. Con la lluvia (prononcé chuvia) se estan escondiendo. »  Donc, pour résumer, les mygales mexicaines ont peur de l’eau et viennent se cacher dans les douches des gentils touristes. Elles peuvent pas aller faire joujou ailleurs, sérieux ?

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La seule dont j’ai pu m’approcher. J’ai pas testé le selfie hein…
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De nuit, tout entendu. De jour, tout vu, notamment des lézards géants. Bien, pour dormir…

De retour dans mon habitacion, nouvelle inspection. Et introspection : si la petite sœur est dans ma chambre, c’est crise cardiaque. Si je veux m’enfuir, je peux tenter de faire la course avec un jaguar, mais je risque de perdre. Une seule solution pour passer la nuit ici : qu’elle soit la plus courte et la moins consciente possible. Un peu comme certaines de nos soirées estudiantines, finalement.

Gracias Tequila !

Bingo. La solution, elle est dans le bâtiment commun. Là où l’on va essayer de passer un petit bout de soirée. Où l’on va se restaurer, à base de camarones, de guacamole, et de tequila. Gagné. Un verre ça va, neuf verres cul sec, bonjour les dégâts. Mais neuf verres cul sec, je deviens aussi fort que Oscar de la Hoya ou Canelo Alvarez, prêt à boxer n’importe quel homme – ou animal qui se présente face à moi. Bon, finalement, le seul combat de la soirée sera celui de retrouver ma chambre une fois bien borracho. Mais voilà mon remède ultra secret pour passer une nuit au milieu des espèces les plus dangereuses au monde : se prendre une bonne cuite. Peut-être que cette nuit-là, spider woman et toute sa clique sont venues me rendre visite. Peut-être même que j’ai entendu des serpents se balader autour de ma cahute. Sans aucun doute, j’ai passé la nuit la plus dangereuse de ma jeune vie. Mais j’ai survécu. Gracias, la tequila…

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Oui, c’est bien le dernier verre qui m’a sauvé la vie. Gloire à toi…

Hate de te lire

B.

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