Ethiopie : à la découverte des volcans actifs d’Afrique

Caballero,

Côme stai ? C’était facile à faire, je sais. Mais le lac de Côme, ça avait l’air vraiment fantastique.

Bon, si tu reçois cette lettre, c’est que j’ai survécu. Traversé toutes les épreuves d’un voyage en tous points exceptionnel. Fini par revenir d’une destination qui m’a transporté sur les terres de mes ancêtres, entre montagnes et déserts, entre foi chrétienne et prières… exaucées.

J’avais espéré, dans ma jeunesse, que l’année de mes 30 ans soit celle où je puisse poser le pied sur le continent africain. J’imaginais le Mali, à la découverte du village de mon défunt grand-père. Je croyais plus humblement au Maroc, terres de ma grand-mère. Ça aura été finalement, l’Éthiopie, grâce à l’agence Allibert Trekking (http://www.allibert-trekking.com), que je remercie au travers de ces lignes. Et si je te parle de survie, c’est parce que j’ai réussi un exploit : celui de marcher sur non pas un, mais deux volcans. Et de revenir entier. Même Mike Horn n’a pas réussi telle prouesse…

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Les églises sont atypiques, mais font le plein à chaque office.

Addis Abeba, Lalibela : océan de sentiments et marée humaine

Avant la survie, il y a la vie. Celle des Ethiopiens, comme un peu partout en Afrique, n’est pas des plus opulentes. On a beau se trouver ici à la pointe orientale du continent, on a beau être un pays de 100 millions d’habitants en plein développement, rien ne peut masquer la misère dans laquelle peuvent vivre les gens. L’impression pour un occidental, c’est que tout manque : les produits de première nécessité, l’eau, la nourriture, les vêtements, les médicaments. Les écoles, les hôpitaux, les routes. Mais ici, on peut compter sur un allié de taille : la foi.

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Ici, tu redécouvres le sens du mot « foi chrétienne ».

Arriver un dimanche à Addis Abeba, c’est arriver non pas le jour du mariage comme à Bamako, mais le jour de la messe. Dans cette capitale de 6 millions d’habitants, juchée sur les hauts plateaux (à 2400m d’altitude), le jour du seigneur n’a jamais aussi bien porté son nom : on sort tout endimanché pour écouter le prêtre prêcher la bonne parole. Chacun est vêtu de blanc, ôte ses chaussures pour entrer dans l’église, s’agenouille devant l’image de Dieu. Normal, Caballero : plus de 60 millions d’éthiopiens sont chrétiens. Ce qui n’empêche pas les musulmans de vivre leur foi, de concert avec les catholiques. On peut se targuer d’être à la pointe de la technologie, on a encore beaucoup à apprendre de ces populations, crois-moi. Mais ce sera l’occasion d’un prochain récit.

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Addis Abeba, cette capitale qui s’entend vers l’infini et au-delà…

La première des notions, d’ailleurs, c’est le recul. Après une journée à Addis, nous avons pris la direction du nord du pays, plus précisément à Lalibela, célèbre pour ses églises enterrées, classées au patrimoine mondial de l’Unesco.

L’occasion de traverser des dizaines, des centaines de villages. Avec toujours le même spectacle : des enfants, qui emmènent pâturer les bêtes. Des grand-pères, qui se traînent pour porter des bidons d’eau. Des gamins hauts comme trois pommes qui s’amusent avec un ballon crevé. Des jeunes filles, adolescentes, qui portent dans leur dos des nourrissons. Des visages marqués par le soleil, la chaleur, la rudesse du climat, la férocité du travail. Tu crois que tout cela m’a marqué, Caballero ? Pas autant que les sourires sur ces visages. Ici, on ne se plaint pas. Le peu qu’ont les gens, ils veulent bien le partager.

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A la sortie de la messe, les fidèles partagent le pain. Une tradition vieille de mille ans.
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Injera: galette de teff, purée de pois chiches et condiments. On dirait pas mais c’est excellent!

Alors oui, le touriste occidental est vu comme une vache à lait – ou plutôt, on porte-monnaie sur pattes. Mais comment le reprocher à ces gens qui n’ont rien ? J’ai donné un billet de 100 birr éthiopienne à un minot de 8 ans pour s’acheter un bouquin. L’équivalent de 3 euros. Notre guide m’a dit, « tu lui as donné ce que ses parents lui donnent en 6 mois ». Comment ne veux-tu pas prendre une tarte dans ta gueule après ça.

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On se croirait à Petra, en Jordanie…

Erta Ale, mer de lave et rivière de flammes

Bon, tu l’auras compris, j’étais déjà tout chamboulé après ces premiers jours. Comme après la défaite du PSG à Madrid (non, je déconne). Mais je savais que le meilleur restait à venir : la double visite des volcans. L’Erta Ale et le Dallol. Des noms singuliers pour des lieux emblématiques. Ils ont moins de notoriété que l’Etna, le Stromboli ou le Piton de la Fournaise, mais ils ont chacun leur particularité : l’un est en pleine activité, l’autre se dévoile sous des couleurs atypiques.

Premier arrêt, premier volcan nommé. Nous avons pris la route vers l’Est du pays, autour de Mékélé, deuxième plus grande ville du pays. Non loin de la frontière avec l’Érythrée. Ici, la foi est toujours aussi présente, mais sensiblement différente : nous entrons en pays Afar, le principal territoire musulman du pays. Et pour cela, il n’y a pas mille chemins : une route, une ville qui fait office de frontière, et un guide qui doit forcément parler le dialecte local et négocier notre entrée et notre séjour dans la région.

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Il faut rouler une heure dans le désert avant d’arriver au camp de base. A fond les ballons!

Ne jouons pas les vierges effarouchées, sans backchich, point de visite. L’argent sert à payer, un policier armé et un accompagnateur local qui se joignent au groupe. Il faut dire que la zone de visite des volcans est sensible : un touriste allemand y a été tué d’une balle perdue, dans un échange entre policiers Afar et miliciens Erythréens il y a peu – les deux pays ne sont pas vraiment copinous comme toi et moi. Et puis, il faut rouler une heure dans le désert, puis quarante minutes à 10 km/h sur des pierres volcaniques pour arriver, simplement, au camp de base. De là, douze kilomètres de grimpette pour arriver à l’objectif, une montagne fumante qui se distingue à l’horizon.

Qui dit désert, dit chaleur. Le début du trek se fait à 16h30, quand la température et le soleil commencent à redescendre. Quatre heures de marche plus tard, la nuit est tombée. La fumée blanche s’est teintée de rouge. Le sommet de la montagne atteint, l’on distingue le cratère. Mais pas un bruit. Pas de grondement, pas de bruit de coulée de lave. Pour atteindre le bord du cratère, il faut traverser la caldeira, un champ de pierre volcanique, vestige des éruptions passées. Le silence est toujours pesant, entrecoupé des bruits des pas sur la roche qui s’effrite. Jusqu’au début du spectacle.

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On grimpe au soleil couchant…
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… on arrive au bord du cratère…
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…et biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiim !

Caballero, je te souhaite – comme à tous ceux qui lisent ces lignes, de voir un jour une mer de lave. J’ai écrit, et réécrit à nouveau ce passage sans arriver à traduire mes émotions. Le bruit de la lave, l’odeur de soufre qui te traverse, les explosions qui te font sursauter à chaque instant. L’envie de t’approche toujours plus, sans en avoir la possibilité – ah oui, c’est un vrai volcan, faut éviter de se jeter dedans, c’est mieux. La rumeur dit qu’un touriste italien, en faisant le couillon, aurait glissé et serait tombé. Un aller sans retour. Ciao, l’ami.

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THE FLOOR IS LAVAAAAAAAA!

 

Voilà comment je suis resté près d’une heure, béat d’admiration, devant l’Erta Ale. Nous n’aurons pas été attaqué par les miliciens, je ne suis pas tombé dans le volcan.J’ai même fait durer le plaisir en dormant au sommet, pour retourner voir la bête au petit matin. La rivière s’était calmée, laissant place à un ruisseau moins agité mais toujours aussi inhospitalier. Mon seul regret? Ne pas avoir hurlé le fameux « THE FLOOR IS LAVA ! ».

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La redécouverte au matin du cratère. Jamais trop près du bord…

Dallol, inondation de couleurs et marécages… à éviter

Petite recommandation. Si tu veux visiter l’Ethiopie, il te faut trois choses indispensables : de bonnes chaussures (cela va de soi) de l’Imodium (ça fait ch… ou pas)… et une patience à toute épreuve. Onze heures de 4×4 pour relier Lalibela à notre lodge de Wukro – une petite merveille, avec un patron, Mulu Guetta, quadrilingue et adorable. Neuf heures pour rejoindre le campement au pied de l’Erta Ale. Et encore sept heures pour arriver non loin du Dallol. Ici, changement d’ambiance (pas la chanson de Sexion d’Assaut, Caballero…). Le désert de sable a laissé place au désert de sel. On est redescendus sous le niveau de la mer, dans la dépression du Danakil. On se croirait entre la Bolivie et le Paraguay. Et le passage des caravanes de chameaux, au coucher du soleil, offre un panorama tout simplement exceptionnel.

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Je crois que ça se passe de commentaires #beauténaturelle
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Si tu observes bien, tu verras un drôle d’animal qui s’est incrusté au fond à droite…

Mais pas le temps de niaiser. Une nouvelle nuit à la belle étoile, et c’est reparti pour le show – ou pour le chaud. Nous sommes ici dans la région la plus chaude du monde – la température peut grimper jusqu’à 55 degrés. Et les travailleurs y taillent des blocs de sel toute la journée. Un travail de forçat qui t’impose le respect.

Un petit 37 en cette matinée, de visite du Dallol. Un volcan qui ne ressemble à aucun autre au monde : la chambre magmatique du volcan est loin, sous nos pieds. Les vapeurs de lave traversent une nappe phréatique avant de heurter la couche de sel. Je suis nul en chimie, mais j’ai envie de voir le résultat de l’expérience : un jeu de couleurs unique au monde. Les différents nutriments donnent à la roche une couleur tantôt verte, tantôt rougeâtre, parfois blanche. Les odeurs de soufre sont plus importantes, et t’obligent à porter un masque. C’est sans doute ici que l’expression « sur une autre planète » a du être inventée.

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Des couleurs de fou malade et un lac qui n’invite pas à la baignade.

Là encore, il faut être accompagné. Notre guide, Muhameddu, ne parle pas un mot d’anglais ni de français. Mais son sourire et ses gestes suffisent à te faire comprendre la beauté de l’instant. Et aussi, ce qu’il ne faut pas faire : toucher la pierre, et tomber dans les flaques apparentes. Et oui, c’est encore et toujours un volcan, et la vapeur qui remonte, c’est essentiellement de l’acide chlorydrique ou sulfurique. Donc tu ne touches pas l’eau, comme tu pourrais le faire à la mer – comme le dirait un grand philosophe du XXIe siècle, « PAS TOUCHEWWWW! » La rumeur dit là aussi qu’un touriste, toujours italien, serait tombé dans le mini-lac et aurait été brûlé au 3e degré avant de devoir être amputé de la jambe. Il vaut mieux se baigner dans le lac de Côme, je crois…

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Un spectacle à la fois magnifique, interrogatif et surprenant
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Un paysage lunaire… et derrière, un monsieur.

J’ai quand même bravé quelques interdits pour faire des photos un peu insolites. Avant de repartir.

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Il est bizarre ce rocher, il est pas palpable…

Voilà résumé en quelques lignes le plus beau voyage de ma vie, Caballero. Je pourrais raconter à mes enfants – et aux tiens, que tonton Bribri a grimpé sur des volcans et a survécu. D’ailleurs, s’il y a bien un moment où j’ai eu peur, ce n’est ni au contact de la lave ni à proximité de l’acide, mais bien le dernier jour, lorsque j’ai été couché avec 40 de fièvre. Fallait bien un iceberg dans cet océan de bonheur…

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C’est ce qui s’appelle, se fondre dans la culture locale…

Hâte de te lire,

B

Afrique Par défaut Voyages Brian

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Amoureux des voyages, du sport en général - et du basket en particulier. Martégaou de naissance, partage mon temps entre la Provence et la Corse. J'ai réussi à faire de ma passion mon métier.

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