Shanghai : la plus internationale – et paradoxale – des villes de Chine

Caballero,

Au gré de tes exploits, je m’interroge. La nuit en poste de secouriste, en prison, le genou de porc… Je croyais avoir lu des « gencives de porc » en référence au meilleur film de l’histoire du cinéma français. Mais non, du genou de porc. Je ne t’ai jamais posé la question personnellement, j’ose la poser ici, publiquement: ne serais-tu pas un peu « fou malade »?

En même temps, je ne te jette pas la pierre (pierre). Parce que moi aussi, j’ai vécu une drôle d’expérience. Et pas uniquement culinaire. Et puisque tu auras noté déjà deux références cinématographiques de premier ordre, je vais t’en rappeler une troisième qui a marqué, j’en suis certain, ton enfance. Je te mets sur la piste : Mimi-siku, Maïtika, Wakatépé Baboun… Eh oui, après « un indien dans la ville », bienvenue dans le remix signé Brayoune. J’aurais pu appeler cela « un renoi dans la ville » mais c’était un peu trop cliché, et surtout, trop réducteur pour une ville aux atouts certains et aux paradoxes bien affichés.

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« Ni hao »

Pour jouer une scène, il faut un décor, un terrain de jeu bien dépaysant. Ce sera Shanghai, ses 24 millions d’habitants de part et d’autre du Huangpu, cette rivière saumâtre dont on dit qu’elle servirait de planque aux sous-marins. La Chine est une drôle de pays, quand tu y mets les pieds pour la première fois. Je ne vais rien t’apprendre, Caballero, en te disant que le choc culturel est tel que tu as l’impression d’atterrir sur une autre planète. D’autant plus quand les gens te regardent un peu comme un martien.

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Il faut dire que j’ai pas le look type du mec de Guangzhou. Je ne sais ni parler, ni écrire le chinois – hormis pour dire « Ni Hao » (bonjour) et « Nem » (pas besoin de traduire). Alors dès l’arrivée à l’aéroport, tu pries pour tomber sur quelqu’un qui parle anglais. Et quand, comme moi, ce n’est pas le cas, tu as envie de dire, « on est mal, on est mal, on est mal… ». Heureusement, ce séjour au pays de Mao est organisé. Nous sommes attendus et accompagnés jusqu’à notre luxueux hôtel dans le quartier de Puxi, sur le Bund. Le quartier international de Shanghai, où tu sens l’influence coloniale britannique dans chaque bâtiment, généralement des anciennes banques rénovées ou transformées. Beaucoup d’internationaux ici, et une constante : peu de chinois. Sauf le matin, où quelques courageux bravent la brume matinale pour faire leur taï-chi comme nous ferions notre jogging. Spectaculaire et mystique à la fois.

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Mais tu l’auras compris, je ne suis pas venu en Chine pour voir des grands bretons ou autre sujets de sa Majesté. Je veux découvrir ce que Shanghai a fait de meilleur. Le Yu Yuan Garden, les maisons des Lilongs, les grandes places où Mao venait faire ses discours…

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« Basketball player? »

Ce matin-là, je décide de m’aventurer un peu plus loin dans la ville. Contre l’avis de notre guide. « Ne prenez ni taxi ni métro, vous vous perdrez rapidement et personne ne pourra vous renseigner » me dit-il. Frère, à l’heure de « Plans » sur l’Iphone et avec mon application « chinois pour les nuls », je ne crains rien ni personne. Mais je suis vite rattrapé par la réalité. Tu connais la différence entre  金山区 et 宝山区  ? Bah voilà ce à quoi tu peux être confronté si tu entres dans le métropolitain. Quant à la voiture, au vu du concert de klaxons et des files interminables de voitures, c’est même pas la peine d’y penser. Pas de quoi me décourager, un petit tour à pied fera l’affaire.

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Alors c’est parti. Direction Pudong, le quartier populaire de Shanghai, de l’autre côté de la rivière. Au pied du « Décapsuleur », plus communément appelé Shanghai Tower, la deuxième plus haute tour au monde, dont il n’est pas rare que le sommet joue à cache-cache dans les nuages. Elle me servira de repère en cas de besoin. Un peu comme la tour Eiffel à Paris.

L’arrêt suivant se fait à Xintiandi, en plein cœur de l’Ancienne concession française de Shanghai. Quartier un peu ché-bran comme on dit chez nous. Paradis des touristes et du shopping. Patrimoine, tradition, modernité, enfin, la ville se dévoile, me dévoile ses plus beaux atouts. Mais pas aussi facilement que je ne l’imaginais. Du moins, avec ceux qui l’habitent au quotidien.

« Ask Police. Dont speak ». Merci Arsène…

Ici, comme au pays du genou de porc, tu n’as pas forcément l’impression d’être le bienvenu. Quand tu n’es pas regardé de la tête aux pieds comme un martien, c’est plutôt comme un indien tout droit sorti de la jungle. Le chinois n’est pas réputé pour sa bonhommie, certes. Mais là, mon passage fait parfois office de phénomène de foire. « Basketball player? » me demande t-on. Je vais pas me mettre à faire des selfies, non plus, oh, je suis pas Stephen Curry ni Jo-Wilfried Tsonga. Certains me touchent le bras, comme pour voir si j’existe vraiment. Je suis pas un fantôme les gars, juste un métis d’un mètre quatre-vingt-dix. Un peu paumé dans Xintiandi, je demande mon chemin au gérant d’un magasin. « Don’t speak. Ask Police » me répond-il dans un anglais à la limite du berbère. Merci, Machin (un terme généralement usité sur ce blog pour qualifier une personne dont on ne connaît pas le prénom).

Je comprends qu’au plus profond du pays où Facebook et Twitter sont interdits de connexion, peut-être que je suis un vrai indien. Un « renoi » dans la ville, qui, à ce moment, n’à qu’une envie, celle de retourner à la civilisation. Surtout quand arrive l’heure du repas et que les odeurs de friture embaument les rues. Tu préfères des nouilles frites, des nems frits ou du chien du porc frit?

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Je me suis risqué à une soupe de coquille de tortue aux champignons, il paraît que ça renforce la vitalité. Je suis toujours en vie, grâce à Dieu…P1220385

Tu l’auras compris, l’excursion a tourné court. J’ai vite regagné le Bund et apprécié ma petite coupe de champagne sur le yacht qui nous a fait faire une petite croisière nocturne entre Pudong et Puxi.

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Pour la Chine traditionnelle et son exceptionnel patrimoine culturel, il faudra aller à Pékin. Shanghai est une ville trop internationale pour offrir une expérience en immersion dans cette civilisation. Et les Chinois finalement assez peu ouverts d’esprits pour t’accueillir dans leur monde. Sauf pour y dépenser des Yuans. Ils n’auront pas les miens, Caballero. Et le scénario de ma balade en Chine n’aura pas donné assez de matière pour valider l’expérience. Comme Mimi-Siku, j’ai regagné le pays des « Babouns » en me disant que je ne retournerais pas de sitôt au pays de la Grande Muraille. Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, paraît-il…

Hâte de te lire,

B.

Asie Voyages Brian

Brayoune View All →

Amoureux des voyages, du sport en général - et du basket en particulier. Martégaou de naissance, partage mon temps entre la Provence et la Corse. J'ai réussi à faire de ma passion mon métier.

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